2025 marquera un moment important dans l’histoire de la FEMS. En janvier, la fédération dévoilait son manifeste pour une ambition écologique et solidaire. Quelques semaines plus tard, le second cycle dédié à cette aspiration s’est tenu à Dijon, questionnant l’évolution de nos pratiques de gestion des collections.
Pour une ambition écologique et solidaire
Ce manifeste intitulé — comme le cycle de rencontres — Pour une ambition écologique et solidaire se déploie en trois chapitres : une quête de sens ; des liens à restaurer ; des futurs désirables. Ce texte a été rédigé de manière collégiale, tant il paraissait important — alors que
la FEMS approche de son quarantième anniversaire et que ses pères fondateurs ont quitté le monde professionnel — de rappeler l’héritage et les valeurs qui la portent, afin d’établir le socle des ambitions et des projets à venir.
L’an dernier, nous ouvrions la publication des rencontres professionnelles par ces mots : «les écomusées et musées de société seraient-ils visionnaires ?» la suite pourrait s’écrire ainsi : «oui, ils l’étaient et ils traduisent à présent en actes leurs valeurs et leurs engagements». C’est cette dimension très pragmatique qui a guidé nos travaux lors des Rencontres Professionnelles de la FEMS en 2025 en Bourgogne, à Dijon, et nos réflexions appliquées au terrain de jeu réel du Musée de la vie bourguignonne.
Nos musées ont en effet pris acte des mutations profondes que connaît notre société en ce début de 21e siècle, notamment en raison des changements environnementaux. Les professionnels ont présenté des retours d’expériences innovantes, qui réinterrogent notre rapport aux patrimoines et aux collections.
Le musée de société d’aujourd’hui hérite du musée accumulatif
Les écomusées et musées de société ont toujours prôné une vision large de ces notions afin de considérer les traditions, les savoir-faire et les usages culturels et sociaux comme une véritable richesse qu’il fallait faire vivre par-delà les vitrines des expositions. Ils ont aussi été les premiers à considérer le patrimoine immatériel, à impliquer les populations dans le travail de collecte ou encore à questionner la prééminence du récit sur l’objet.
Et pourtant, ils ont beaucoup accumulé… Alors que dès leurs prémices, certains acteurs, comme Hugues de Varine, prônaient la démarche avant le résultat, et appelaient au «musée sans collection». L’équilibre est fragile — entre d’une part la conservation et ses normes, et de l’autre, la valorisation des collections, et les contingences matérielles et humaines. Comment réinterroger la notion d’enrichissement des collections face aux enjeux écologiques et sociaux ? Que faire face à des collections mal conservées, mal documentées ?
Peut-on décollectionner ?
Les années 2020 ont marqué un tournant dans les pratiques professionnelles : «politique d’acquisition durable», «écologie des collections», «réserves durables»… autant d’expressions qui qualifient ce changement. Peut-on aussi (re)valoriser les fonds Arts et Traditions Populaires et ruraux, quelque peu déconsidérés ? Comment parvenir à valoriser ces collections, supports nécessaires au récit des modes de vie passés et à l’évocation des défis de nos sociétés ? Doit-on aussi décollectionner ? Des apports réflexifs venant de l’histoire de l’environnement — comme le développe François Jarrige — sont des outils précieux pour «changer notre logiciel» et regarder autrement nos collections.
Des pratiques plus vertueuses émergent, souvent sous forme d’expérimentations, avec des protocoles réfléchis. Elles nécessiteront d’être évaluées, pour mesurer leur compatibilité avec le rôle social et de transmission des musées. Les textes rassemblés ici prolongent les
échanges fructueux noués à l’occasion des Rencontres de Dijon, et s’ouvrent à des contributions complémentaires de membres du réseau.
Que les auteurs et autrices, ainsi que le comité éditorial, soient chaleureusement remerciés de leur contribution.
Céline Chanas
Directrice du Musée de Bretagne
Vice-Présidente de la FEMS